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12/08/2015

La Ville des sept gares et des mille et trois etc

(à Katia Bouchoueva)

il y a des rues il y a des poètes

il y a des avenues à sept voies et des marchands de glaces

il y a des poètes il y a du bronze

il y a du granit il y a du grès il y a du marbre

il y a des livres

et malgré la chaleur ce sont les seuls qui transpirent

il y a des yeux cloutés il y a un empire

il y a une momie une seule mais qui a rançonné depuis belle lurette toute la ferveur disponible

et il y a et il y a

des Ouzbèkes des Azerbaïdjanais des Kirghizes

dans le bâtiment et dans la voirie − et

ceux qui n'y sont pas allés ont sûrement une vague notion de ce que c'est que la démocratie

quant à ceux qui y sont revenus — paie tes cinq cents grammes de vodkas et ta nuit pour qu'on en parle

...

il y a des rues il y a des poètes et une crampe de quinze millions d'estomacs

une petite fille de 33 ans qui rallume 1917 dès qu'elle voit la mention 48 kopieki

et là-dessus

Pouchkine qui se marre de l'invariance des choses

comme s'il ne remarquait pas l'absence des ivrognes

d'il y a trois ans

 

 

16/07/2015

Deux trois découvertes pour une fête nationale

j'ai compris que le rock est mort mais qu'un petit tour d'oreilles au musée archéologique n'est pas désagréable

j'ai compris que quand on campe avec un bébé de deux ans dans un squat à ciel ouvert avec toilettes sèches le tout est de ne pas prononcer le mot staphylocoque

j'ai compris que pour le défilé le compte des voitures brûlées était aussi excitant que la présentation des nouveaux avions de chasse

je n'ai rien regardé à la télé ni la messe ni le défilé mais j'ai compris

que l'impression générale de sécurité dans un pays était proportionnelle à la dose de déprime qu'évoque la gueule de son ministre de l'intérieur

j'ai compris que j'étais à la bourre que les clés étaient coincées à l'intérieur qu'il y avait une odeur de brûlé et de liquide vaisselle

que les murs de l'attente sont branlants mais qu'au-delà c'est le vide

que la peur du vide n'est apparemment pas héréditaire

que les coups de panique irrationnels n'empêchent pas un malheur d'arriver

alors je fais comme tout le monde

je fais comme si je traitais tout ça par le mépris

et je m'accroche à mes rites

 

10/07/2015

Faire taire le monologue

Rien que sur les trois dernières minutes j'ai pensé à l'horaire du métro la question Rrom le principe de frontière le nationalisme un énorme sandwinch plein de mayonnaise une question relative à

la femme de soixante ans à Garibaldi avec sa jupe et son dos nu

et bien sûr la laïcité la laïcité la laïcité

rien que sur les trois dernières minutes j'ai remonté les généalogies des idées reçues sur le sujet opéré des distinctions fondamentales entre religion et culture appelé les Grecs au secours les Romains et leur truc civique avec l'empereur

j'ai recompté mes sous mentalement je me suis demandé si le chèque du visa était passé où je pourrais trouver un T shirt Bukowski dans les dix euros parce que faut quand même pas poussé j'ai envisagé trois idées de roman celle avec mon père au mariage manouche celle où je devrais avoir quarante-cinq ans en pleine reconversion professionnelle celle sur la thématique de la ville natale

je me suis posé des questions sur l'usage du présent j'ai dansé sur place à la recherche de ma carte de transports en commun je me suis juré d'être encore ce conquérant à 19h15 j'ai opposé un argument imparable aux mouvements de troupes américaines en Europe de l'est

j'ai tout refait tout redit avec des mots strictement concrets et compréhensibles j'ai envisagé un autre format que la journée pour l'envisager et puis

j'ai couru pour attraper ma correspondance