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29/01/2016

La Vie (conclusion)

vu comme c'est haut

vu comme c'est loin

vu comme il y a de l'attente

vu comme elles s'usent vite

vu comme il y a des papiers à remplir

vu comme ça fait des frais au bout du compte

vu comme ça finit par déplacer la colonne vertébrale

vu comme c'est douloureux et mal remboursé

vu comme ça vieillit vite et comme on y reste peu de temps,

je suis sûr qu'il y a des gens

qui se suicident

rien que par flemme.

 

24/01/2016

J'ai un démon

j'ai un démon sur mon porte-clés

accroché à mes clés du boulot

ding-a-ling !

il dit

pas après pas, oublie pas, je suis là !

il dit

t'as bien foiré mais je t'abandonne pas !

il dit

j'ai un démon dans la poche avant gauche de mon jean

entre un briquet et un paquet de mouchoirs

on dirait un cliquètement

mais c'est lui qui se marre

doucement —

shalom !

priviet !

salam !

et voilà tu es content

tout le monde te trouve formidable

on va te proposer une opportunité

et tu vas la saisir, mec

tu vas être à la hauteur

tu désirais autre chose ?

non ? OK. c'est 35 heures.

tu paies comment ? en vannes ou en conneries ?

sûr tu vas faire rire la galerie

faire passer l'eczéma pour un coup du gel

pis y retourner y retourner y retourner

congratulations ! t'es dans ta phase bonheur complet

tes bouts rimés tout le monde trouve ça trendy

comme un tableau abstrait dans la salle d'attente du dentiste

ça fait mal mais c'est un dentiste très chic

y a que Géo et Madame Figaro ici pas de Point de vue

tu peux t'asseoir c'est pas plus cher

 

j'ai un démon dans mon ventre

mais il prend plus de place que mon ventre

j'ai un démon dans ma gueule

mais il prend plus de place que ma gueule

j'ai un démon dans ma station de métro ma semelle décollée et mon épicerie bio

il prend des joues et du bagout

je m'occupe bien de lui je crois

c'est réciproque

 

22/01/2016

Jamais rien d'anodin

Jamais rien d'anodin,

dans rien. Nulle part. Jamais.

Je ne suis plus assez ado pour appeler ça de la souffrance

mais c'est crevant.

Actuellement j'écris de la poésie pour les fesses d'un type,

qui vient tous les jours se connecter sur internet dans la bibliothèque où je bosse.

Ses longues fesses rouges, comme des arguments électoraux,

ou des barbes à papa, mais qui seraient en caoutchouc rougeâtre,

à jamais figées dans l'hésitation à couler.

Et les lectrices octogénaires de romans du terroir,

et les lycéennes voilées parfaitement bien élevées,

font un petit arc de cercle en passant.

Lui, il sent.

Pas exactement la charogne : le clodo propre,

l'odeur des toilettes de la bibliothèque municipale, dans les grandes villes.

Il a 23 ans, ça je le sais,

même s'il en fait 35.

Il a 126 euros de livres à rembourser,

depuis janvier 2015.

À part ça ?

Il semble que la grande majorité des êtres qu'il insulte n'existent pas dans la même dimension que toi et moi.

Pourtant, un jour, il est sans doute capable de sortir de sa tronche et de buter quelqu'un.

Peut-être moi.

Si j'arrive aujoud'hui à être un fonctionnaire sincère,

si j'arrive à refouler ma mauvaise humeur,

j'aurai gagné quelque chose sur la morosité.

Mais lui ?