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10/06/2017

Nouvelles du pays

Ma cafetière s'est suicidée.

Mes chaussures se sont suicidées.

Ma casquette a fait une fugue,

mon portable est soudainement devenu bègue et épileptique,

mon ordinateur a fait un AVC en découvrant les tarifs de la SNCF,

entre un roman à boucler pour avant-hier,

et un autre à finir pour après-demain.

Il y a des jours comme ça,

où je suis content de ne pas porter de pacemaker. 

La bise à tous.

 

gr

02/06/2017

Poésie au bistrot

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C'était il y a quinze jours à la Balançoire.

C'est pas pour me la péter,

mais Paco Girerd, le fameux contrebassiste,

est vachement photogénique.

Merci à Mareva Reig pour l'invitation,

merci à Jindra Kratochvil pour l'immortalisation.

 

31/05/2017

Gratos XVIII

 

Un jour, je fais un rêve.

Je marche dans la rue.

Je vais au boulot.

Grands cheveux bruns sur gilet orange à bandes réfléchissantes, pantalon à larges poches comme le mien, sécus, râteau municipal, rue du Lac, une fille se retourne.

Espèce de bâtard dit-elle espèce de lâche c'est pas en restant à faire suer ta viande dans l'urne de ton lit que tu feras barrage à l'extrême droite.

Elle me crache à la gueule.

Un gros mollard bien gras, élastique, roboratif.

Je continue mon chemin.

Un type à tête d'enclume mallette en cuir à la main se retourne à son tour et comme il dit.

Salaud, ordure, planqué, ça te fait rire ? Ça te fait rire de voter pour toujours les mêmes distributeurs automatiques, creusant ainsi creusant encore le lit du fascisme ???

Il me crache à la gueule.

Un mollard mélancolique, en mineur, qui ne manque pas de suavité.

Puis c'est une cycliste en k-way Lafuma, lunettes octogonales à montures violette, timide, à frange et sans gluten.

Et la prostitution ? Qu'est-ce que tu dis de la prostitution ? Et des abattoirs ? Et des passages à tabac ? Et des vitriolages de femmes ?

Elle crache un mollard ambivalent, mi-humide mi-venteux, typique des printemps pourris.



Je me réveille en sursaut.

Je suis en retard je saute dans ma cafetière je fume mes chaussures de sécu je mange mon sac

et j'arrive pour

EN RAISON D'UNE PANNE DE COURANT LA BIBLIOTHÈQUE FERMERA CES PORTES CE JOUR

MERCI DE VOTRE COMPRÉHENSION



C'est Jean-Louis au poste de garde qui m'explique.

Un machin a fait pssshhhit un truc a fait cric et puis tout a claqué.

Les lampes des salles ouvertes au public et les ampoules des distributeurs de boissons.

Là les types de la maintenance sont dessus, Pierrot et Mario, Serge et Jean-Claude.

Enfin Serge et Jean-Claude, regardent.

Mais au service technique, ça fonctionne.

Je peux donc.

J'y vais donc.

Je trie.

Au bout d'un moment, l'oiseau mort d'un détail cogne contre le double-vitrage de ma conscience.

Mon binôme.

Mon binôme n'est pas là.

Enfin mon binôme fut là mais en coup de vent disparut dans le bureau d'Orlando notre chef et ça parle.

Mais son odeur emplit la salle de tri, hésitante,

odeur de bégaiement, odeur de petit rire de nez.



C'est encore Jean-Louis au poste de garde qui m'explique.

Tout à l'heure une femme de ménage noire comme il en existe dans

toutes les institutions culturelles et sociales promouvant le partage et l'intégration a voulu prendre l'ascenseur.



C'est là que ça a fait pssshhhit.



Mon binôme était monté avec elle.

La verte lueur du bouton d'appel d'urgence devait avoir quelque chose de sexuel.

Devait.

Hormonalement.

Pulsionnellement.

Telluriquement.

La pauvre fille a vu soudain fondre sur sa bouche deux lèvres bleues tandis que deux bras noueux enserraient sa taille et qu'une spongieuse poitrine à T-shirt Roland Garros 1995 se pressait sur ses seins,

avec sueur limite travailleur/vieux agrémentée d'haleine quenelle de la veille/filet de maquereau/café du matin.

La poitrine, c'est Jean-Louis qui la suppose.

Il ne voit pas comment il n'y aurait pas pu avoir poitrine pressée aux seins.

Et sans doute dans le faisceau du bouton d'appel il y eut rangée de dents calcaires, onctueusement jaunes.

Bref la fille s'est débattu a crié a pleuré et tout s'est arrêté là.

Sur mon binôme se confondant en excuses.



Voilà ce qui s'est passé.

Voilà ce qui a heurté la réalité réelle de la femme de ménage noire en faction ce jour-là.

Mais pas mon binôme.

Mon binôme, lui, depuis les années 70 a simplement fait l'aumône à une subordonnée de couleur d'un élan de sa virilité.

C'est ça qu'il se tue à expliquer à Roland notre chef.

Ainsi Jean-Pierre Marielle dans son temps flatta des croupes de secrétaire à l'heure du whisky.

Ainsi Jean Yanne.

Et ainsi Jean Rochefort.

Et ils disaient C'est bien mon petit.

Et on leur répondait d'un petit rire cristallin.

On leur disait Oh vous alors.

Et il n'y avait pas d'agression alors.

Il y avait de la simplicité.

Il y avait les années 70.

Du désir désirant n'ayant pas honte de désirer.