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16/12/2019

Jean-Claude requiem X

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Cependant une question demeure :

Est-ce que Serge, David, les Roland, Marie-Jo, Marie-France

moi.

Est-ce que nous avons fait ce qu’il fallait faire

pour que l’âme de Jean-Claude

s’apaise et aille rejoindre

le lieu que les âmes sont censées rejoindre

Quand elles en ont fini avec la graisse

les jambes qui gonflent

les sudations qui mettent mal à l’aise

les petites stagiaires fines comme des bâtons de glaces

à qui on veut seulement dire bonjour.

 

Chacun de nous

d’une façon ou d’une autre

a dû se poser la question

chacun avec sa culture et sa sensibilité.

Pour ma part

j’ai pensé que si j’étais du Tibet

et si j’avais le crâne rasé alors je saurais

quoi dire à qui sur quel rythme et sur quel ton

pendant quel nombre de jours

un multiple de sept probablement.

 

Des livres des morts me passent de temps en temps dans les mains au département Civilisations

et c’est toujours pareil :

fascination fébrile du grain du papier sous mes doigts

impression d’être sur le point d’accéder au secret de quelque chose

foule de sensations dans le néocortex en forme de ET SI, ET SI…

puis au bout de trois pages

ça devient indiscutable : je m’emmerde.

 

Trop de gras

ma vie sans doute.

Trop de gras

trop d’amour pour le

quelques étapes spirituelles remises à demain comme tout un chacun

mais

il ne s’agit pas de moi ici :

il s’agit de Jean-Claude

de l’âme de Jean-Claude.

Son souffle, sa façon traînante d’amener ses chaussures

de sécurité et ses palettes dans votre champ auditif.

Son addiction aux chevaux qui courent vite.

Les formules, les équations qui lui permettront de s’en aller d’ici

de ne pas avoir à planer sur ce sous-sol pour l’éternité

si tant est qu'elle ait mieux à faire ailleurs.

 

 

09/12/2019

Une émission radiophonique sur radio Canut

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Cher monde cruel, 

 

Il y a quelques mois l'excellentissime Fabien Drouet m'a proposé de participer à une émission bimensuelle sur Radio Canut, la radio alterno historique de la bonne ville de Lyon. 

Le pilote est désormais en podcast. Tu peux écouter ça ici.

Pour le confort de toutes et tous, le numéro 1 a été débité en deux bouts, avec les camarades suivants si je lis bien la notice : 

Emission 1, première partie : avec Béatrice Machet, une lecture d'un texte de Brigitte Fontaine, Marion & Sarah (créatrice d'un lieu de répit à Villeurbanne pour les familles sans toit) et Judith Wiart

Emission 1, deuxième partie : avec Stéphanie Durdilly, Jean-Baptiste Happe, Laurent Bouisset, ton serviteur, Miyavi, CLN, Incarnation Giuntini

Bien content de me trouver en si belle compagnie. 

Comme tu peux le constater, les grossièretés me font toujours autant rire.

Bien cordialement.

 

05/12/2019

Jean-Claude requiem IX

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Je ne vis pas seul avec ce manque.

On l’a déjà dit : au sous-sol vit une étrange population

Etonnamment masculine et dotée de chaussures de sécurité.

Je dis : Serge. David (qui s’appelle en réalité Gilbert et est le seul agent d’entretien que je connaisse à passer la serpillière fringué comme s’il allait au mariage de sa fille). Roland. Roland. Audrey. Guy. Marie-France. Marie-Jo. Nasser. Yohann. Mon ex-binôme et les gars de l’amiante, qui ne sont pas de chez nous et dont je ne connais pas les noms.

Une autre méthode serait de leur demander à eux comment ils font, avec ce vide de Jean-Claude.

Nous pourrions nous tenir tous par la main et scander ensemble ce qui deviendrait le Livre des Morts lyonnais –

mais ce n’est pas ma méthode.

La fuite du 4eétage a été réparée.

Des agentes de service noires ont épongé.

Un peu d’amiante a été retirée des étages 7 et 8 du silo

On a installé des tapis adhérents anti-poussière entre les couloirs du personnel et les salles publiques.

Au 4eles gars de l’événementiel ont monté une expo photo de l’artiste en résidence

Je ne sais plus comment elle s’appelle

Mais les clichés me plaisent beaucoup :

Le sujet de l’expo est les travaux du silo justement

De larges prises de vues d’armatures de fer, de cloisons éclatées, de tas.

Tas de trucs

tas de matériaux.

Restés quarante ans dans une logique une imbrication parfaites.

Et soudain en quelques minutes et quelques coups de masse

devenus indéchiffrables.

Archéologiques.

Abstraits.

Les couleurs vont de rouille à poussière en passant par orange et vert sombres –

Orange et vert des sombres années 70, année de conception du bâtiment.

Pas d’hommes pas de femmes.

Mais des formes. Des perspectives. Des lignes.

 

Je pense à Jean-Baptiste, tueur à gages.

Un contrat a été honoré.

Quelque part, quelque part.

D’une certaine façon, d’une certaine façon.

Mais quoi qu’on en dise dans les dessins animés en images de synthèse

Les fourmis existent collectivement, avant tout.

La vie reprend son cours, toujours.