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30/12/2014

En attendant la neige

ta voix c'est ta

toux c'est tes

glaires c'est ta

morve c'est un

petit caillot de sang qui remonte par le tuyau c'est

une carte à-demi effacée du XIVè siècle

c'est des

animaux marins

des singes en toge lunettes & disputes en latin sur l'index tendu

des baleines avec des ailes des griffons

et la partie gauche du monde laissée en blanc et du

latin

qui justifient comme ils peuvent le papier gâché

(alors qu'à l'époque ça coûtait la peau du cul d'un veau le papier)

et les pleurs et le port et les investissements et les déchirements et les lettres qui mettent 90 ans à faire 20 kilomètres

qui justifient aussi :

- la vie dans un mouchoir

- le lundi matin dans un mouchoir

- les klaxons à l'entrée de Toulouse dans un mouchoir

- les risques d'avalanche dans un mouchoir

- et l'économie et le crachat dans un mouchoir

flash de 7h explosion en vol tête lourde taxe verte pourparlers autoroutes villes assiégées barbus &

BONNE ANNÉE !!!

j'ai plus ma tête

j'ai plus mes mains

c'était bien la peine qu'ils nous en collent une nouvelle

 

24/12/2014

Tomber bourré sept fois dans la neige et se relever inuit (chanson)

j'ai toujours aimé

quand c'était la faute à la société

quand il n'y avait rien à se reprocher

qu'on irait mettre un coup plus tard

plus tard

quand on aurait le temps

 

j'ai toujours aimé

même quand j'avais trop bu

même quand j'ai regretté

même quand je voulais tout voir disparaître

 

j'ai toujours aimé quand tu ne voulais rien comprendre

qu'on se bouffait le foie espérant expirer au même instant

quand tu avais douves chaînes et pont-levis

et que j'étais censé chanter

j'ai toujours aimé

 

(même quand je n'ai pas été là      que je

n'ai pas répondu à tes textos     même quand

j'ai été relou     j'ai

toujours toujours)

 

j'ai toujours aimé quand il fallait te ramasser

quand la colère te sortait des yeux

en glu alcoolisée

quand il fallait te porter

que ce n'était pas possible mais que ça arrivait quand même

qu'il fallait faire semblant d'avoir dormi et d'oublier

même quand on allait tous crever

j'ai toujours

aimé

 

19/12/2014

Aloïs

Mon pote et moi on a été dans la même maison de retraite

c'est là qu'on s'est connus

c'était facile      on avait à peu près la même peau

et le même goût pour le vide

Mon pote et moi      notre truc c'était la viervolte

les falaises

                          — survie sur les glaciers du cœur et du savoir

      ascension du col

                              du fémur

 

 

                                           chute libre

 

 

(soignée à la colle à dentier)

 

mon pote et moi on ne s'est pas fait chier ces quarante-deux dernières années

que la mort

                          laisse un message ou

                          mate un peu les plantes vertes de la salle d'attente

              nous 

              on a tellement à faire

— apprendre à babiller, à ramper, à rester sur le dos sans pouvoir se retourner, à lâcher la cuillère, à baver

apprendre à ne pas reconnaître l'infirmière —

n'ayez pas peur de la sénilité     pour mon pote et moi

TOUT EST ENCORE À RACONTER

on n'a pas fait de guerres

mais on les a quand même oubliées

comme on a oublié nos sphincters

et les prénoms des héritières

AVALE

AVALE

AVALE

dit la voix

mais en fait c'est pas vraiment une voix

AVALE

AVALE

AVALE

c'est un jouet avec des sons préenregistrés dont les piles sont en train de lâcher

AVALE

AVALE

nous ça nous fait marrer

mon pote et moi on rit de se faire nettoyer par des beautés qui mâchent du chewing-gum

comme si c'était pas notre peau dans leur bouche

comme si c'était pas leur avenir sur nos varices

et comme si c'était pas entre nos rides

toutes ces choses qu'elles n'osent s'avouer

il y a les seins qui tombent

les érections qui finissent par se lasser

il y a le mal de dos

et toute cette jeunesse qui attendait pour exploser

que quelqu'un y pose le pied

il y a la rouille et les uniformes que personne ne reconnaît plus

mais mon pote et moi on s'en fout

mon pote et moi on n'y est plus du tout

mon pote et moi on les emmerdera jusqu'au bout