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26/11/2013

Dear Klaus

Cher Santa Chose,


Désolé. Cette année encore, pas de grand geste symbolique.

Je ne me suis pas immolé par le feu. Je n'ai tué personne, ni un PDG de laboratoire pharmaceutique, ni un gérant de régie immobilière, même pas un automobiliste stressé.

Je n'ai pas entamé de retraite spirituelle, je n'ai pas distribué mes dettes aux pauvres. Je n'ai toujours pas réalisé l'ex-voto que je promets à Saint Christophe depuis la fameuse nuit du 15 août à Matera, en 2005.

Même si j'ai eu à me battre contre l'apathie avec beaucoup plus d'acharnement que l'année dernière, je ne me suis pas tenu à mon vœu d'écrire un poème par jour.

Pour le reste, pas beaucoup plus brillant. J'ai écrit, un peu. Mais s'il m'est arrivé de pondre de temps en temps un texte dont j'étais satisfait, ça m'est tombé dessus par surprise, les soirs de grande fatigue, et sans que je l'aie prémédité le moins du monde.

Non que j'aie manqué de sérieux. Mais à l'état normal, mon cerveau ressemble à un écran d'ordinateur en veille avec une loupiote bleu clignotant ironiquement. Une fois pour toutes, mets-toi le bien dans la tête, tout ça est un malentendu. JE NE SUIS PAS FOUTU D'UNE PENSÉE COHÉRENTE ENTRE UNE MAJUSCULE ET UN POINT.

L'individu qui a signé ces deux recueils a peu de choses à voir avec ce qu'on appelle Damon Grégoire, né le 27 février 1985 à Saint-Étienne, n° de série 1 85 02 42 218 376 86. 

C'est peut-être l'époque. Ou le stress qui s'exprime. Ou une manifestation bizarre de l'instinct de conservation. En tout cas, je ne saurais expliquer comment ça marche (quand ça marche) que par un seul mot : prurit.

Pourtant, lorsque quelques lecteurs m'ont adressé des encouragements, je les ai acceptés.

J'ai même rencontré quelques poètes que j'admire beaucoup, et sous le coup de l'émotion je leur ai déballé une soupe romantico-égocentrique avinée pire que le contenu de ta hotte.

Tout ça pour dire que rien n'est jamais acquis quoi qu'on fasse, et que tous les lendemains matins du monde sont voués à ramasser les morceaux.

Non, je ne sais pas à quoi ressemble mon écriture. C'est à peine si je me rappelle ce que j'ai tu foutre de tout ce papier au prix d'un énorme effort de mémoire.

Et je n'ai aucune idée de ce que je pourrai écrire demain. Ni si j'en serai capable. En tout cas, je ne m'attends plus à ce que ça m'amende ou à ce que ça me sauve.

Je sais de quoi je parle. Il m'est arrivé au cours de l'année d'avoir à faire des choix cruciaux, et j'ai préféré m'enfermer dans la salle de bains avec les deux volumes de poèmes de guerre d'Apollinaire (Calligrammes et Le Guetteur mélancolique) et oublier tout le reste.

De même, il m'est arrivé d'aider des réfugiés politiques et des aveugles à se choisir des méthodes de langues, parce que j'étais payé pour, mais je n'ai jamais pris mon pied autant que quand j'ai rencontré ce retraité qui s'était mis en tête d'écrire une table des matières pour l'Ulysses de Joyce.

Alors, un bon conseil : s'il te prend un jour l'envie de t'exprimer, fais du fric, achète-toi un divan et installes-y un freudien domestique muni d'un collier anti-puces. Ça ne te guérira peut-être pas de ton enfance, mais au moins tu sauras où passe ton temps et ton pognon.

Non mais des fois.


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